06/08/2009

Deux ponts s'en vont...

"Indépendance" - Mardi 17 novembre 1970. 

A Goegnies, deux ponts s'en vont : un pont cron et un pont long. 

"Cron" il l'est, le pont qui, au bord du cimetière d'Houdeng-Goegnies permet le franchissement de la voie ferrée abandonnée; cron et aveugle depuis quelque cent et dix ans, quand il a été installé sur cette route conduisant à Familleureux par le "Lait Beurré" 

Seulement, alors, au temps de la traction chevaline, posée et peu dense, les inconvénients du pont étaient mineurs; quant à la voie de chemin de fer, l'implantation en biais lui permettait de filer en ligne droite, alors que dans notre temps de déplacements rapides, cette chicane en dos d'âne, en biais, et entre des parois opaques, constitue une difficulté pour la circulation routière. 

Il n'est pas le seul: de nombreux ponts "crons" (et aveugles) subsistent sur nos routes; au haut de Balasse sur le chemin allant du fond d'Houdeng-Aimeries à Strépy (ancien chemin de l'Infante Isabelle) et à la limite de Bracquegnies pour atteindre Maurage, etc. Pour éviter des constructions anguleuses, nécessitant des plans, dés études et des édifications coûtant plus cher que des ponts perpendiculaires aux voies, les "Chemins de fer de l'Etat Belge" ont multiplié ce qui est devenu de véritables chicanes, alors que leurs architectes avaient carte blanche pour proposer des façades de gares surchargées de pierres sculptées, de "festons et astragales" qui nous apparaissent maintenant des surcharges baroques autant qu'inutiles: voyons ces gares de Manage, de Haine-Saint-Pierre, de Binche, par exemple. 

Revenons à notre pont "routier": on a déjà du côté Est "rembourré" le creux dans les terrains contigus; maintenant, on déverse, à pleins camions, des décombres et des terres du côté Nord-Ouest, près du mur Nord du cimetière, et l'on approche d'un nivellement égalisateur.

D'ici peu donc, seront à portée pratique du centre de Goegnies, des accès vers les espaces au bord des bois anciens et vers la campagne vaste du "Gros Saule" et sera facilitée la circulation vers ce Familleureux qui s'apprête à la mutation chimique. 

LONG PONT OU PONT DE 100 METRES. 

Autre, pont dont  la disparition est proche, par d'autres moyens, et pour cause: le très populaires (Long Pont" ou "Pont de 100 m." qui, en biais aussi et à grande hauteur, franchit la profonde tranchée du canal pour supporter les convois charbonniers venant de Bois-du-Luc. 

Ce pont, un grand "mécano" de trois travées en poutres et cornières ajourées est un peu moins âgé que celui évoqué ci-dessus, puisqu'il ne fut construit qu'à la fin du siècle passé, quand, pour creuser le "nouveau canal", les entreprises éventrèrent le "butte de Scailmont" que l'abbaye de Saint-Denis avait garnie d'arbres quand la ferme de Scailmont toute proche lui appartenait avant la Révolution. 

La séculaire Société de Bois-du-Luc (1685) avait, dès le creusement du canal "du-dessus" (1836) relié ses installations d'extraction du sud d'Houdeng-Aimeries au canal vingt ans avant que ne s'ouvre sur le chemin de fer Braine - Houdeng -Haine-Saint-Pierre - Binche, la gare d'Houdeng-Goegnies; et les convois charbonniers - qui furent jusqu'en 1847 tractés par des chevaux - passèrent donc pendant quelque 60 années sur ce pont, lequel, en outre, par des trottoirs formés de planches brutes, offrait un raccourci piétonnier entre le quartier de Saint-Nicolas, mitoyen, et celui dit "Coron Delattre", tirant son nom populaire de la famille qui, de longues années durant, exploita la ferme de Scailmont. 

Ce pont servit aussi, jusqu'aux environs de 1966, au passage de ce convoi simplement baptisé "El tram des Flaminds", lequel, après avoir été formé de wagons fermés (devenus "El Frumè" et utilisé ailleurs), était formé de voitures de voyageurs et amenait de la gare d'Houdeng-Goegnies, puis les y ramenait, les nombreux ouvriers venant chaque jour du Sud des Flandres pour travailler aux différents sièges des Charbonnages du Bois-du-Luc. 

Ainsi donc, deux ponts, l'un passant au-dessus d'une voie ferrée désaffectée, l'autre franchissant" un canal (plus ou moins condamné) vont disparaître de deux sites bien connus de Goegnies, des sites qui vont, pour nos contemporains, prendre un aspect bien différent de ce que ces contemporains auront connu des décennies durant. 

BRULOT.

 

16:45 Écrit par Petit Loup dans Travaux publics | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ponts |  Facebook |

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