16/07/2009

La ferme Tout-Y-Faut disparaîtra bientôt.

"Indépendance" - Lundi 8 avril  1963. 

Ecrasée par le terril de laitier des usines Boël, une belle et antique construction la ferme "Tout-y-Faut" disparaîtra bientôt. 

Lorsqu'on longe le canal du centre, à cent mètres a peine de l'ascenseur hydraulique numéro 1 d'Houdeng-Goegnies,, on aperçoit face aux verreries Glaver, c'est-à-dire de l'autre côté de la voie d'eau une vieille et antique ferme derrière laquelle se dresse une espèce de terril illuminé le soir par les crasses des hauts-fourneaux que l'on y déverse. 

Il s'agit de la "Censé de la Nouvelle Grande Louvière" dite "Tout-y-Faut", une antique construction, celle-ci disparaîtra bientôt sous la pioche des démolisseurs, car, elle est d'une part écrasée par l'amoncellement envahissant du laitier des usines Boël et menacée d'autre part par la construction de nouveau canal à grande section qui se dirige en droite ligne sur elle. 

Cette ferme fut bâtie par les moines d'Aulne. L'acte de donation' date de 1440 et la construction de 1450. Détruite elle fut reconstruite en style 18e siècle, en 1765 par l'abbé Don Joseph Scrippe. 

La ferme "Tout-y-Faut" se trouve également non loin du ruisseau du Thiriau dont les eaux étaient jadis "limpides et cascadantes". Sa grange immense, ses vastes écuries, sa grande cour et ses portails massifs donnent une idée de ce que pouvait être l'importance des grandes censes il y a plusieurs siècles. 

Cette ferme fut occupée par M. Sylvain Guyaux, ancien bourgmestre de La Louvière, de 1895 à 1913. Elle avait 150 hectares de culture, on y faisait l'élevage des chevaux. C'est là que Sylvain Guyaux éleva le fameux étalon "Rêve d'or" qui remporta à Paris le premier prix des chevaux belges et qui fut proclamé champion belge à Bruxelles. 

La ferme "Tout-y-Faut fut louée en 1530 aux familles vve Louis, Jean Ledoux et Col lard Gaston. 

Elle est toujours habitée actuellement par M. Gaston Guéritte, mais appartient à la famille Boël. 

IL FAUT TENTER L'IMPOSSIBLE. 

C'est sur le conseil de Fernand Liénaux, artiste peintre bien connu, et qui s'intéresse aux beautés de l'endroit, que nous sommes allés visiter la ferme "Tout-y-Faut". Cette éminente personnalité louviéroise estime comme tant d'autres amateurs d'archéologie, qu'on devrait tenter l'impossible pour préserver cette magnifique construction. 

En effet, il serait grand dommage de laisser engloutir une des cinq fermes bâties par les moines d'Aulne. Il avait été question de sauver certaines parties de cette construction telle que le portail de la grande entrée en style Hesbignon du 18e ... Peut-être aurait-elle pu être déplacée et remplacer celle du domaine de la Grande Louvière, un autre héritage précieux du lointain Moyen Age. Hélas, tout ceci coûterait trop cher et en attendant, le sauvetage de "Tout-y-Faut" est suspendu et pendant ce temps la masse de laitier, cette matière vitrifiée qui nage sur le métal en fusion, avance menaçante de jour en jour et bientôt, elle brûlera et engloutira ce bel édifice.

Il y a quelques années encore, nous dit, le fermier actuel, il y avait derrière le mur de la ferme un espace libre d'environ 10 hectares. A présent, les "crasses de Hauts-Fourneaux" ne sont plus qu'à quelques mètres. Pour combien de temps en a-t-il encore à maintenir cette ferme en activité. Ce n'est plus qu'une question de mois, voire de semaines. 

Et tandis que nous parlait M. Garitte, nous avons jeté un coup d'oeil dans une des écuries où nous découvrîmes un mur en forme d'arc, soutenu par une colonne. Jadis, à cette colonne était fixé un appareil genre tourniquet auquel on attachait un cheval. Tandis que la bête tournait dans un carrousel, les moines jetaient à terre des gerbes de blés qui étaient battues par le piétinement du cheval. 

Il y avait des tas d'autres curiosités à voir dans ces écuries modèles, tels que ces auges (pierres creusées ou mangent et boivent les bestiaux), un des murs d'enceinte, longeant le chemin. Nous remarquâmes également une pierre encastrées dans le mur de la grange. Elle représente une espèce de croix avec l'inscription

"M REPOSE NE L L". 

Remarquables également les toitures spéciales et cette immense cour. 

C'EST UN DRAME QUI SE JOUE.

Le long du mur arrière entre la masse brûlante et la partie postérieure de la ferme, des eaux émergent dans lesquelles se baignent des canards et autour desquels courent la volaille. 

Oui, comme le fit remarquer à juste raison M. Liénaux "C'est un drame qui se joue".

Et pour employer une expression chère au fermier: "L'industrie culbute tout". 

Partant de la "Petite Suisse" le canal à grande section, cette nouvelle voie d'eau se creuse et fonce droit sur "Tout-y-Faut". Certains disent qu'en lieu et place de la ferme s'érigeront les quais d'embarquement. Les autres que c''est le canal le premier qui fera disparaître cette ancienne abbaye qui répondait primitivement aux besoins de la vie des moines. 

Qui l'emportera ? Les eaux ou le laitier ? Quoi qu'il en soit, un fait est évident: la ferme ne peut être sauvée, mais trouvera-t-on le temps et l'argent nécessaire pour récupérer une partie des matériaux ? Car vraiment, ce serait un crime de vouer à la destruction de si belles choses, parmi lesquelles ces pierres qui témoignent du passé de la région du Centre. 

Il parait que la chose est à l'étude. 

Albert Acou.

16:30 Écrit par Petit Loup dans Travaux publics | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ferme |  Facebook |

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