18/06/2009

Tourisme à Houdeng-Goegnies

"Le Centre" 14-15 septembre 1941.

 SON ASCENSEUR - NOTRE-DAME DU BOIS - L 'DUCASSE DOU TRIE. 

Septembre nous procurera- on l'espère - quelques belles journées, qui seront mises à profit par les touristes, désirant ne pas trop s'éloigner de leur demeure. Ils trouveront dans les environs de Houdeng-Goegnies de quoi charmer leurs journées dominicales. Nous ne nous étendrons pas sur tout l'intérêt que présentent les promenades sur les rives du canal du Centre, vers l'ascenseur, ici mais celle que l'on accomplit particulièrement les dimanches avant et après Pâques, à Notre-Dame du Bois, à l'époque où les godets sont en fleurs. D'autres lieux appellent les promeneurs, toujours heureux de flâner dans nos communes pour revoir des coins, qu'ils n'ont plus sillonné depuis des années, où vers lesquels leurs pas ne les ont jamais conduits. 

Houdeng-Goegnies, dont le véritable nom historique est "Goegnies" a des origines très éloignées: on relève son nom dans divers documents anciens et notamment dans le cartulaire de Saint-Denis (1100-1119) - Houdeng, qui a eu divers orthographes, Hosdeng, Husdeng, Hosdain, Housdeng est une appellation essentiellement romane. 

"Hos" signifie "houx"; eng, aing, sont clés extensions de ai, aie, finale de nombreux mots désignant le rassemblement, le groupement. La lettre "d" qui relie les deux parties du mot n'a qu'une explication linguistique secondaire; c'est une ajoute dans le langage populaire ou une lettre euphonique. Il est fort probable que, à l'origine, Houdeng s'appliquait à une région boisée plantée de houx, d'allure touffue, voire même sauvage. 

Il y a plusieurs interprétations quant à l'origine des dénominations "Aimeries" et "Goegnies". Les archéologues les plus autorisés et parmi ceux-ci nous citerons M. J. Monnoyer, étaient d'accord pour l'expliquer comme suit: 

Vers 1441, Nicolas Rollin, Grand Chancelier de Bourgogne et Seigneur du village d'Aimeries (situé aujourd'hui encore en France, département du Nord) acheta un fief de haute-Justice, au domaine de Houdeng. 

Mais dans la dite paroisse de Houdeng; existait déjà une Seigneurie de Haute-Justice, relevant du domaine du Roeulx. 

Il y eut un compromis entre les deux seigneurs afin d'éviter tout conflit et toute confusion. Les sires de Croy se mirent d'accord avec Rollin pour appeler leurs terres de noms différents; le fief des premiers fut réuni à Goegnies leur appartenant et prit nom: "Houdeng, jugement de Houdeng-Goegnies", et par abréviation Houdeng-Goegnies. Celui de Rollin: "Houdeng; jugement d'Aimeries", et par abréviation Houdeng-Aimeries. 

Etymologiquement, ces deux villages devraient donc s'appeler: Houdeng (pour Houdeng-Aimeries) et Goegnies (pour Houdeng-Goegnies) .

En 1299, Gilles, dit Rigaut, seigneur du Roeulx, permit à cette communauté d'extraire du charbon sous ses possessions à Houdeng et à Goegnies. Autrefois peu peuplé, le village compte aujourd'hui 9.000 habitants, ce chiffre ayant peu varié durant ces vingt dernières années. 

Houdeng-Goegnies compte une gendarmerie, des écoles modernes, une église, deux places et de nombreux magasins. Les maisons particulières se modernisent et remplacent les habitations anciennes; aux environs s'élèvent de jolies villas, qui ont complètement transformé le caractère de certains quartiers. 

La commune possède une distribution d'eau et de nombreuses ruelles reliant les différents quartiers, ce qui raccourcit de longs parcours par les chaussées. C'est ainsi, qu'on chantait naguère dans les revues de fin d'année: ("ce qui distingue Houdè d'Brussel, c'est les ruelles!) Ceci valait surtout pour Aimeries. 

La localité est proprette dans son centre, mais malheureusement trop de rues ne sont pas pavées, quoiqu'elles soient très fréquentées par des milliers d'ouvriers se rendant dans les usines et charbonnages du Centre. 

La population de Houdeng-Goegnies est très travailleuse et foncièrement honnête; beaucoup de familles fournissent à La Louvière, la main-d'oeuvre employée dans le commerce et l'industrie. Les Houdinois viennent volontiers alimenter nos salles de spectacles et nos fêtes et le courant d'affaires procuré par nos voisins est très grand.

Les origines de la fête de septembre. 

Aussi les Louviérois ne manquent aucune occasion de passer le Thiriau-du-Luc et le Pont Capitte qui forment la frontière, pour aller à Houdeng-Goegnies, lors d'événements importants tels la fête du Bois, le carnaval et la fameuse "Ducasse du Trie", considérée comme fête locale, mais qui est à proprement parler une réjouissance champêtre régionale. 

Le hameau du Trieu est d'origine fort ancienne. Là où existe la place de la fête, qui se célébrait chaque année*, existait une ferme très importante, dite la Mairie du Trieu. C'est là aussi que se trouvaient les prés communaux sur lesquels tous les habitants pouvaient faire paître leur bétail. Le fermier était placé sous la dépendance du duc de Croy, qui avait le privilège de la haute justice. 

Au XVIe siècle, les manants de Goegnies obtinrent le droit de disposer du regain - deuxième coupe de foin, appelée de nos jours encore "woyen" ou "woyin". La répartition du "woyen" entre les gens du village donna lieu à des difficultés et à des rivalités. 

Dès le XVIIe siècle, les comptes du greffe scabinal de Goegnies font mention de la vente des "woyens" et du partage de l'argent qu'elle produit entre les habitants pauvres ou manants. 

Les "woyens" étaient vendus publiquement près de la ferme du Trieu, au mois de septembre. Les acheteurs étaient souvent les gros propriétaires voisins ou les seigneurs de Mons et de Binche. Les manants recevaient donc au mois de septembre, une petite somme d'argent, qui le plus souvent passait en libations.

Insensiblement, la fête des "woyens" fut le prétexte pour la mise en vente d'autres produits agricoles. 

Des marchands voisins venaient s'installer au Trieu et donnaient à la fête le caractère d'une foire, d'une ducasse. 

Mais il fallait corser cette fête par trop monotone et les manants vinrent alors recevoir  leur quote-part avec une musique quelconque; ils s'adonnaient à des jeux divers qui attiraient les habitants des communes voisines. 

C'est dans cette vente des "woyens", renseignée dans les archives de Mons, pendant les XVIIe et XVIIIe siècles, que l'on doit voir l'origine de la fête du Trieu. 

Au XVIIIe siècle, la vente avait lieu le second mardi de septembre. Pendant de nombreuses années, la fête du Trieu se célébrait uniquement le mardi; il y a un siècle, on y ajouta le dimanche. Insensiblement, on chôma le lundi. Le marché du mardi, connu par tout le Centre, existait toujours, ces dernières années, mais la vente du "woyen" a été substituée à celle des fruits, légumes, etc.. Des primes étaient distribuées aux exposants des plus beaux produits de l'horticulture locale. 

La musique tintamarresque de cette journée, les libations des manants existaient encore il y a une trentaine d'années. A cette époque, on voyait s'amener le mardi, des groupes d'hommes et de femmes travestis, accompagnés d'une caisse roulante, d'instruments de musique variés. On gambadait de café en café, on chantait, on dansait. D'autres, plus calmes, organisaient des jeux populaires: courses en sacs, mâts de cocagne, jeux de quilles, de flèches, etc. Tous ces jeux, toutes ces distractions étaient mélangées, d'où l'origine de l'expression wallonne: "on fait les d'jeux r'mèlès". 

En 1815, un bal populaire, fort bien tenu, était organisé le mardi de la fête du Trieu, vers le milieu de la journée. Les dames engageaient les cavaliers. Ce bal existait toujours avant les événements de 1940. Sa vogue était considérable. On accourait de partout et aucun habitant des Houdeng ne travaillait ce jour-là. De nombreuses usines chômaient du reste, le mardi de la fête du Trieu étant porté au calendrier des jours de congés, aucune autre commune, qui tenta l'imitation du bal du mardi,' ne put réussir comme au Trieu. 

On rapporte que vers 1860, le lundi fut considéré comme faisant partie de la ducasse; avant cette date, les mineurs travaillaient le lundi, pour chômer le mardi ... et même le mercredi. La ducasse du Trie se fêta alors pendant trois jours. 

De beaux concerts auxquels participaient des sociétés réputées étaient organisés. Les bals connaissaient un succès étourdissant. 

C'est pour la fête du Trieu que l'on renouvelait sa garde-robe et que la jeunesse, les jeunes filles surtout, sortaient leurs plus belles robes, achetées pour la ducasse. L'illumination de la place et ses alentours avait bel effet. Les loges foraines étaient nombreuses. Oh rajeunissait les façades. Et les ménagères confectionnaient des fournées de tartes au sucre, aux prunes et au riz, qui étaient du reste distribuées en quartier, à profusion aux clients, aux amis et connaissances. Et lorsque le soir, les files de jeunes gens rentraient fatigués et quelque peu "pompette" de leurs journées et soirées passées au Trieu, on entendait, dans le lointain, les voix éraillées qui chantaient: 

"A ya l'ducasse dou Trie
Nos dirons co, nos dirons co,
A ya l'ducasse du Trie
Nos dirons co, quand l'vèra co!" 

C. F,

15:00 Écrit par Petit Loup dans Tourisme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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