08/06/2009

Une halte à l'ascenseur n°1 du Canal du Centre

"Indépendance"  - Mercredi 24 avril   1957.

Nul n'ignore combien apparaît urgent et important le problème que pose actuellement en Hainaut la modernisation des voies d'eau. La région du Centre, tout particulièrement, se voit intéressée à cette question primordiale dont la réalisation permettra l'aménagement de l'embranchement Seneffe - La Louvière du canal de Charleroi à Bruxelles et celle du Canal du Centre qui relie La Louvière à Nimy. 

Rappelons en passant combien ces tronçons sont d'importance dans la vie économique de la région. Ils accusent, en effet, pour 1954, un trafic total (chargements et déchargements) de 2.900.000 tonnes. 

Mais ceci ne sera qu'une entrée en matières à notre propos d'aujourd'hui, car, appuyé au garde-fou du pont surplombant l'Ascenseur n° 1 à Houdeng-Goegnies, nos pensées ont, soudainement, rejoint une époque révolue où cependant les hommes allaient de l'avant. 

EN PRESENCE DE LEOPOLD II. 

Ce gigantesque travail d'art, une" des gloires de l'Administration des Ponts et Chaussées, fut construit de 1884 à 1888 et inauguré par le roi Léopold II, le 4 juin 1888. 

C'est M. Paul Houtart, bourgmestre d'Houdeng-Goegnies, qui accueillit le souverain, entouré des hautes personnalités du monde de l'industrie, du commerce et de la politique de la région du Centre. 

Le roi exprima toute la satisfaction qu'il éprouvait en venant inaugurer un appareil unique en Europe et rendit hommage aux ingénieurs belges qui l'avaient conçu.

L'auteur du projet, M. Hector Genard, et l'ingénieur principal de la firme Cockerill expliquèrent le mécanisme et le fonctionnement de l'ascenseur au royal visiteur.

Puis, tout le monde prit place dans une allège, entrée dans l'un des sas, et la première ascension se déroula sous le regard intéressé des innombrables spectateurs. 

LE CANAL DU CENTRE. 

Le canal du Centre réunit le bassin de la Meuse au bassin de l'Escaut. Il est situé dans les prolongements de l'embranchement de Seneffe, dérivation du canal Charleroi -Bruxelles. Il réunit deux grands bassins fluviaux par un raccourci, son creusement est en crête et surélevé par rapport aux vallées du Thiriau et de la Haine, qu'il épouse. Ses eaux sont des eaux de pompage. 

Signalons encore que la différence de niveau entre l'amont et l'aval est de 15 m. 40 pour l'ascenseur n° 1 de Houdeng-Goegnies, de 16 m. 03 pour l'ascenseur n°2 d'Houdeng-Aimeries, n° 3 à Bracquegnies et n° 4 à Thieu. 

PORTES DE SERVICE DES BATEAUX. 

Vus d'une façon simpliste, les ascenseurs du canal du Centre se composent de deux bassins de 45 m. de longueur sur 5m. 80 de largeur et 3 m. 15 de profondeur; les bassins du sas présentent une hauteur de 2 m. 40. 

Ces deux bassins reposent chacun sur un piston de 2 m. de diamètre dont la hauteur est de 9 m. 44. Ces pistons plongent dans deux cylindres de 2 m. 060 de diamètre et communiquent entre eux par une tuyauterie. Au centre de cette tuyauterie se trouve une vanne dont l'ouverture et la fermeture sont commandées par le mécanicien de la cabine centrale qui se trouve au milieu de* la partie haute de l'ascenseur.

De l'eau remplit cette tuyauterie et l'espace compris entre les deux cylindres et les pistons. 

Quand la vanne centrale est fermée, les deux bassins sont bloqués dans leur position respective. Si les deux bassins sont remplis à un même niveau, ils ont sensiblement le même poids (1.000 tonnes). Si un bateau entre dans le bassin, il en fait sortir un volume d'eau correspondant à son poids. Donc, facteur essentiel: les deux bassins remplis à un même niveau, avec ou sans bateau, ont le même poids.

Dès lors, si on met les deux cylindres en communication en ouvrant la vanne centrale, les deux bassins vont se comporter comme les deux plateaux d'une balance et se mettre dans une position moyenne, à mi-hauteur entre le niveau du canal d'aval et du canal d'amont. Dans ces conditions, il serait impossible de faire passer un bateau du bief supérieur dans le bief inférieur, et réciproquement; mais si on ajoute au bassin qui se trouve à l'amont (soit au niveau du canal supérieur) une surcharge de 30 cm. d'eau, l'équilibre sera rompu et le bassin supérieur descendra jusqu'au niveau du fief aval en faisant passer le bassin inférieur au niveau du bief amont. 

En réalité, le bassin descendant s'arrête, à un niveau situé à 30 cm. au-dessus du niveau inférieur, le bassin montant à 30 cm. au-dessous du bief supérieur. 

Cette manoeuvre doit permettre d'évacuer la surcharge d'eau du bassin descendant et d'admettre une surcharge de 30 cm. dans le bassin qui vient de monter. Les bateaux pourront alors sortir des sas aux bassins en service, prêts à recevoir d'autre bateaux. 

AUTOUR D'UN MECANISME. 

On remarque ainsi qu'il existe une interruption entre le bief supérieur du canal et le sas qui arrive à l'amont, tout comme il existe une solution de continuité entre le sas qui est descendu et le bief du canal supérieur. 

Dans ces conditions, on ne peut ni ouvrir la porte qui ferme le canal supérieur ni la porte d'amont du sas qui fait vis-à-vis; ces opérations amèneraient en effet le vide total des bassins. 

Il faut alors supprimer cette solution de continuité; on y arrive grâce à un dispositif pouvant être comparé au soufflet réunissant deux wagons de train. La jonction établie, on peut admettre de l'eau entre le bief et le sas: les portes sont ainsi équilibrées et on peut dès lors lever simultanément les deux portes afin d'évacuer le bateau prisonnier du sas. 

Si la boîte à bourrage perd, si donc les cylindres ne tiennent pas leur eau, le bassin descendant (celui' qui a une surcharge de 70 tonnes) descendra jusqu'à son niveau normal, mais ne parviendra pas à faire monter l'autre bassin au niveau désiré. Pour le faire monter davantage, on amènera de l'eau à 45 kg. de pression par cm2, dans le cylindre du sas à monter, la vanne centrale étant fermée. 

Cette eau sous pression est obtenue par des pompes à piston, commandées par des turbines hydrauliques, actionnées par une chute d'eau utilisant la différence de niveau existant entre l'amont et l'aval de chaque ascenseur. Cette eau, sous pression, sert également aux manoeuvres de levage des portes, car, seuls les cabestans qui tirent les bateaux dans les sas et les en retirent sont électriques. 

ET LES LOURDS CHALANDS GLISSENT... 

Beaucoup d'entre vous, amis lecteurs, ont certes déjà poussé une promenade vers ce coin facilement accessible soit par le chemin de halage, soit par le rue de l'Ascenseur où voitures et autocars trouvent une route très praticable pour gagner le bief. 

Vous vous êtes donc penchés, comme nous, sur ce travail gigantesque, sans trop en connaître, peut-être, le puissant fonctionnement. C'est pourquoi nous vous avons donné ci-dessus tant de détails qui vous permettront maintenant de renseigner vos amis qui, venus de l'étranger, aimeront à découvrir dans notre région ce gigantesque travail d'art.

Ils le découvriront avec d'autant plus d'intérêt que l'endroit ne manque nullement de poésie. IL suffit simplement de regarder autour de soi tout en pensant que ce tronçon du canal du Centre baigne une terre laborieuse où le travail pose son empreinte parmi de lourds chalands qui glissent à travers la campagne.

En effet, du promontoire surplombant l'ascenseur le paysage apparaît tel un décor où la brutalité des industries voisines semble adoucie par les hauts peupliers qui se balancent en une toile de fond souple et harmonieuse. 

Et les bateaux montent ou descendent, franchissant les hautes portes du sas et emportant dans leurs flancs goudronnés un peu de notre vie et de notre terre hennuyère. 

V.D.

15:45 Écrit par Petit Loup dans Ascenseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : canal |  Facebook |

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