04/06/2009

L'ascenseur n°1 d'Houdeng-Goegnies et le Canal du Centre

"Journal de Charleroi - Centre" Jeudi 30 avril 1936.

Le canal du Centre, voie navigable à grande section constitue un trait d'union de plus, entre le bassin de l'Escaut et celui de la Meuse. 

Il unit ses eaux à Mons à celles du canal de Mons à Condé et à Houdeng-Goegnies, à l'embranchement venant de Seneffe, du canal de Charleroi à Bruxelles, aussi à grande section. 

On comprend dès lors, toute son importance, pour la région industrielle du Centre. 

Sa construction a été laborieuse. En effet, sa longueur est de 21 km.07 et la différence de niveau, entre le point de départ et celui d'arrivée, atteint 89 mètres 457. 

De Mons à Thieu, sur une longueur de 15 km. environ, cette différence est rachetée au moyen de 4 écluses de 4 m. 20 de chute et d'une cinquième de 2 m. 26 soit en tout 23 m. 26. Mais de Thieu à Houdeng-Goegnies, sur un parcours de 6 km., la différence de niveau à racheter était de 66 m.19. Il aurait fallu dans ce but établir au moins 17 écluses, sur un terrain dont le sous-sol est creusé par l'exploitation houillère, depuis des siècles et dont la nature géologique manque en certains endroits de consistance. 

Il ne fallait pas penser à cette solution, une des écluses se serait peut-être enfoncée à l'instar du pont de Bracquegnies, anéantissant ainsi tout le trafic du Canal. 

Une autre manière de résoudre cette grosse difficulté fut présentée par M.Genard, le savant inspecteur principal des Ponts et Chaussées. 

Elle consistait dans la construction de quatre ascenseurs hydrauliques. Le N° 1, à Houdeng-Goegnies, de 15 m. 397 de chute; le N° 2, à Houdeng-Aimeries, de 16 m. 934 de chute; le n° 3 à Strépy, de 16 m. 933 de chute; le n° 4 à Thieu, de 16 m. 933 de chute, au total 66 m. 197. 

Elle fut adoptée par le Gouvernement.

L'ascenseur n° 1 de Houdeng-Goegnies fut exécuté de 1885 à 1888, en même temps que la mise à grande section d'une partie du canal de Charleroi à Bruxelles et de l'embranchement venant de Seneffe. 

Il fut inauguré par S.M. le Roi Léopold II, le 4 juin 1888. Le Roi fut reçu à la gare d'Houdeng par l'Administration Communale d'Houdeng-Goegnies, présidée à ce moment par le regretté M. Paul Houtart, bourgmestre. 

Nous extrayons du cahier n° 3 des excursions de M. l'Inspecteur principal Stilmant, la description de l'Ascenseur de Houdeng-Goegnies. 

DESCRIPTION: C'est une énorme balance dont les plateaux sont des bassins (sas) supportés chacun par un énorme piston. Le piston glisse dans une presse et le sas est guidé par une construction métallique, supportant à sa partie supérieure une passerelle communiquant avec le bas au moyen d'un escalier''. 

Les sas de 43 m. de long sur 5 m. 80 de large, avec portes mobiles aux extrémités sont remplis d'eau au même niveau que le canal, c'est-à-dire à 2 m. 70. 

Le sas descendant contient 0.30 m. d'eau de plus que le sas montant. Ce surplus (45X5.8X0.3) ou 74.820 kg. sert à vaincre les frottements et à rétablir l'équilibre. Les pistons de 20 m. 5 de hauteur sur 2 m. de diamètre ont des parois de 0 m. 075 d'épaisseur. Ils pèsent chacun 20.000 kg. et plongent dans des cylindres ou presses en fonte de 2 m. 06 de diamètre, garnis de 0 m. 05 (épr.) de frette d'acier; l'épaisseur totale = 0 m. 150. 

Les corps de presse sont reliés entre eux par une canalisation sur laquelle est placée une vanne servant à établir ou à intercepter la communication. Un jeu de soupapes permet au mécanicien d'actionner l'un ou l'autre sas. L'étanchéité est parfaite, des caoutchoucs comprimés par l'appareil lui-même sont placés dans toutes les parties jointives. 

Nous allons exposer succinctement le fonctionnement. 

L'eau prise dans le bief supérieur par une canalisation métallique de gros diamètre, avec une force de 1.5 atmosphère acquise par la différence de niveau, tombe au bief inférieur, sur des turbines; celles-ci actionnent deux pompes aspirantes foulantes qui aspirent une partie de cette eau et la refoulent dans un accumulateur  supportant une charge de 80 tonnes. 

C'est l'eau ainsi comprimée à 40 atmosphères qui se répartit aux chambres des presses établies à l'aval, sous le canal et à l'amont entre les deux branches de sorties des sas, et qui provoquent la levée des portes. 

Elle peut aussi, à un moment donné, ou en cas d'accidents, faire monter l'un des bacs. 

La manoeuvre se divise en deux grandes parties: 1) la balance (montée et descente); 2) la levée et la fermeture des portes. 

La hauteur de flottaison est la même dans le canal que dans les bassins (sas). 

LA BALANCE: Le dispositif est tel que le fond du bassin arrivant en haut de sa course, est toujours de 30 centimètres plus bas que celui du canal. 

Dès lors, ce bassin prend automatiquement une surcharge de 75 tonnes consistant en une tranche d'eau de 0.30 m. d'épaisseur sur toute l'étendue du sas. La manoeuvre des portes terminée ainsi que la sortie et l'entrée des bateaux, le machiniste placé dans une cabine établie au sommet de l'appareil ouvre la vanne centrale de communication entre les presses et le piston du bas supérieur, le plus lourd, par suite de la surcharge, refoule sous lui l'eau qui fait monter l'autre. Il est à remarquer que le bassin arrivant en bas de course a 0.30 m. d'eau en plus que la hauteur de flottaison; or son fond arrive au niveau du fond du canal inférieur et sa surcharge s'écoule automatiquement dans le bief inférieur, lors de la manoeuvre des portes. 

LA LEVEE ET LA MONTEE DES PORTES: II importait de neutraliser les pressions de l'eau sur la porte fermant le canal d'abord et sur celle fermant le bac ensuite.

Ainsi que nous le disions plus haut, l'étanchéité est parfaite entre les deux portes par suite d'un joint en caoutchouc, comprimé par l'appareil lui-même. 

On remplit le vide entre les deux portes avec de l'eau prise dans le bac, en ouvrant une ventelle, et l'on neutralise les pressions précitées. 

Le machiniste appelle l'eau comprimée à 40 atmosphères de l'accumulateur, dans la chambre des presses et celles-ci provoquent la levée des portes, lente d'abord pour éviter les coups de bélier, plus rapide ensuite. 

Aussitôt commence la sortie et l'entrée des bateaux. La manoeuvre demande 15 minutes au maximum. 

Il est à remarquer que le mouvement de balance terminé, le machiniste de la cabine doit enclencher immédiatement ses fers pour permettre la manoeuvre des portes.

La prise en surcharge automatique est une conception qui fait le plus grand honneur au corps des Ponts et Chaussée belge. 

En effet, dans les appareils de ce genre établis à l'étranger, la surcharge se faisait mécaniquement, par le pompage de l'eau dans une rivière voisine ou dans le canal, ce qui demandait un temps considérable et donnait aux manoeuvres une durée trop longue, nuisible aux intérêts du batelier. 

On s'extasie devant le génie de l'homme qui a élaboré le projet de cette gigantesque machine, espèce de géant de fer, marchant lentement mais avec exactitude sans l'aide de la vapeur ou de l'électricité, rien que par l'application des principes élémentaires de la physique.

PROMENADES: La visite de l'ascenseur d'Houdeng-Goegnies constitue un but d'excursion très intéressant et très instructif. 

Pour s'y rendre, il est à conseiller de descendre à la gare d'Houdeng et de suivre l'embranchement du canal de Seneffe finissant au bassin de Bois-du-Luc en face de la dite station. 

On laisse à droite les Verreries du Centre, importante gobeleterie récemment installée et l'on admire la fameuse grue roulante du rivage charbonnier qui charge si rapidement les bateaux. 

A gauche, on voit les ruines des usines Basset mises à sac par les Allemands pendant l'occupation. 

La visite de l'ascenseur n° 1 terminée, deux superbes promenades se présentent: celle du Canal du Centre, vers le Sud et celle de la "Petite Suisse, vers le Nord-Est. 

La promenade du Canal du Centre ne manque pas de variété. 

On pourrait croire qu'elle reflète la monotonie ordinaire d'une longue marche le long du canal. 

Bien au contraire, après avoir traversé la chaussée de Soignies à Mariemont et le viaduc du chemin de fer d'Houdeng à Erquelinnes, on aperçoit le remarquable pont sur lequel passe le chemin de fer de Bois-du-Luc; il constitue un beau spécimen de travail d'art en métallurgie. 

Plus loin le pont très ordinaire du Croquet laissant à droite l'agglomération de Goegnies, d'où émerge svelte et fière la flèche de l'église Saint-Géry. 

Tenant au canal, une jolie école de hameau est plantée en haut de la berge et 50 mètres plus loin se trouvent l'abattoir communal et l'usine frigorifique de la Corporation des Bouchers du Centre (fabrique de glace artificielle). Poursuivant la route, l'on aperçoit le vieux clocher d'Aimeries et le panorama de la vallée du Thiriau avec le clocher de Bracquegnies, les cheminées de la Cimenterie de Thieu et bien loin dans la pénombre le beffroi de Mons. 

Après la traversée de l'agglomération surgit l'Ascenseur n°2; la visite du gigantesque appareil s'impose car elle permet de se rendre compte des progrès considérables accomplis depuis 1888; leur application intelligente et heureuse fait le plus grand honneur aux ingénieurs belges, les manoeuvres s'y font avec une sûreté et une exactitude mathématique surprenantes. Les mesures de sécurité sont remarquables. 

Le coup d'oeil du bief supérieur est magnifique; à gauche, les installations de la puissante société minière de Bois-du-Luc s'étalent en amphithéâtre dans la vallée verdoyante du Thiriau. En face, vers Bracquegnies, c'est le charbonnage de cette dernière localité avec ses vastes bâtiments; à gauche les plantations savamment agencées du Canal. 

Deux cents mètres de marche vous amènent à l'Ascenseur n° 3; à droite, en s'écartant quelque peu de la voie navigable, on peut admirer le site intéressant de Bignault et la vallée pittoresque de la vallée du Sart. Bignault s'écrivait Vignault au XVIe siècle; or cette côte très raide est exposée au midi. On aurait bien pu, autrefois, y faire des essais de culture de la vigne. 

L'excursion se continue, en traversant le hameau industriel de Bracquegnies pour arriver à l'Ascenseur n° 4 de Thieu dont la masse architecturale est imposante.

Ce dernier tronçon du Canal tient contaminent en éveil l'attention du Gouvernement.

En effet, la qualité médiocre du sol marneux et peut-être aussi les travaux souterrains, occasionnant de fortes pertes d'eau au Canal, au point de mettre en péril l'alimentation régulière de celui-ci et le maintien constant de la ligne de flottaison.

Avec la deuxième promenade, le but à atteindre c'est la Petite Suisse, endroit pittoresque, situé sur Faroi Heureux, à la limite d'Houdeng-Goegnies, de La Louvière et de Bois-d'Haine. 

C'est le rendez-vous des habitants de ces grosses localités industrielles.

En  quittant l'Ascenseur, sur la rive droite, on grimpe la passerelle pour admirer le panorama de l'industrie du Centre: les immenses aciéries Gustave Boël, les boulonneries de La Louvière, les laminoirs de La Croyère, les importantes usines Gilson, les ateliers du Thiriau, la chocolaterie Kwatta, la Franco-Belge, l'usine d'agglomération de minerais, à proximité, les vastes chantiers de la Mécaniver et la S.A.F.E.A.; vers le sud, les vastes installations de la Brugeoise et Nicaise et Delcuve, les Verreries du Centre, les Ateliers Charlez-Gobert et Cie; plus loin les terrils des charbonnages; ces montagnes noires, jettent dans l'espace, leur note sombre, donnant au paysage un aspect caractéristique, inédit, qui a son charme. Et bien au lointain, les crêtes de la vallée de la Sambre et la Frontière française. 

On longe alors la rive gauche du Canal, pour arriver au pont Tout-y-Faut, proche de la ferme du mime nom. Celle-ci dépendait autrefois à l'abbaye d'Aulne, qui l'a fait rebâtir telle qu'elle existe actuellement de 1765 à 1782. 

Tout-y-Faut signifie tout y trompe (de fallere tromper). 

Effectivement autrefois les terres de cette ferme étaient réputées mauvaises. Un drainage effectué il y a environ 60 ans et une culture intelligemment conduite par feu MM. Guyaux père et fils, les ont améliorées au point d'en faire les meilleures de la région. Ce grand bâtiment abrita en juin - 1815, l'avant-garde belge commandée par le Colonel Delporte>, qui avait pour mission de surveiller la marche de l'armée française commandée par Napoléon 1er, quelques jours avant Waterloo. 

La promenade se poursuit à travers de jolies et fertiles campagnes, limitées au Nord par le Bois de La Louvière sur Houdeng et à l'Est par l'agglomération de La Louvière.

L'on arrive au 3e pont dit de Sartiau. 

Ce coin sauvage est un petit Sart, un sol récemment défriché pour être soumis à la culture. 

Le canal s'enfonce dans une vallée fortement encaissée et des plus jolies; elle présente, au fond, le chemin de halage et à mi-côte un passage réservé aux piétons, qui constitue un sous-bois délicieux. 

Le quatrième pont est en vue. 

On laisse à gauche cette partie du Bois célèbre par les fouilles qu'y pratiqua feu Raoul Warocqué, de 1891 à 1895. 

Elle ont amené la découverte des vestiges de deux villas romaines; de nombreux souvenirs de cette époque lointaine y ont été rencontrés et conduits au merveilleux musée du Château de Mariemont. 

Il reste cependant une annexe inédite: un four romain pour la cuisson des poteries, il est conservé dans un enclos fermé à clef pour éviter les dégradations de personnes qui n'en apprécient pas la haute valeur archéologique. Malheureusement cet abri tombe en ruines actuellement. 

Disons aussi quelques mots d'autres vestiges tout proches, ceux de la ferme de Sartiaux, fief de la Seigneurie de la Puissance, célèbre aux XVe et XVIe siècles. Le bois Lion la séparait de l'agglomération de Goegnies.D'après les reliefs de 1695 et 1696, elle comprenait 12 bonniers de pâtures avec deux maisons. 

15:30 Écrit par Petit Loup dans Ascenseur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : canal |  Facebook |

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