18/05/2009

La chapelle Saint-Blaise

"Indépendance" Samedi-Dimanche 23-24 décembre 1950. 

"Calvaires et Chapelles en Hainaut" bulletin de l'A.S.B.L. Les Amis des Calvaires et Chapelles du Hainaut  - revue trimestrielle - 4e année - n°1 - 1er mars 1951.

Saint-Biaise évêque de Sebaste, quitta son évêché et se retira dans une caverne, pour y faire pénitence. Les bêtes féroces vinrent le trouver dans sa solitude, et, en le voyant en prières, elles attendirent qu'il eût fini de parler à Dieu, pour lui demander sa bénédiction. Les soldats du gouverneur, plus cruels que les tigres, vinrent l'arracher à sa grotte pour le faire mourir dans les tourments. 

Ainsi parle un vieux livre trouvé dans des casiers poussiéreux. On représente Saint Biaise touchant à la gorge un enfant. Cela provient de la tradition suivant laquelle il aurait, en se rendant au supplice, guéri un enfant qu'étranglait une arête de poisson. Comme le saint demanda à la mère d'offrir un cierge à l'église, l'iconographie le représente tenant aussi un cierge à la main. 

Saint Biaise est considéré comme le patron des maçons et des tailleurs de pierre. Dans les images, la carde de fer, instrument de son martyre, est accompagnée, et parfois remplacé par la truelle, le marteau et d'autres outils. On le prie contre les maux de gorge, en raison de ce qui est exposé ci-dessus. On se met aussi sous sa protection en cas d'ouragan, en raison du soin qu'il prend des oeuvres des maçons. 

Ceci dit, parlons d'une chapelle qui lui est dédiée, ou plutôt, laissons la parole à l'auteur sympathique autant que distingué, d'un article pittoresque paru le 24 décembre 1950 dans le journal "Indépendance." 

Ce n'est pas dans les services administratifs que nous puiserons pour prouver l'état de centenaire d'une notabilité goegnéroise; car, malgré la complexité des services administratifs, il n'existe pas encore de registre de naissance pour les constructions. 

Car la Centenaire que les Goegnérois peuvent inscrire à leur calendrier de 1950 c'est une Chapelle: la jolie chapelle de Saint-Biaise qui plante son hexagone rehaussé de baies gothiques vers le bas de la rue Léon Houtart, vers les confins de ce qui fut "el pachi del cure" et les propriétés de la Censé de la Salle. 

L'AGE DES BRIQUES. 

L'inscription gravée dans la pierre au dessus de la porte de la Chapelle reporte sa fondation à 1850, et l'attribue à la dévotion de Jean-Joseph Simon et de son épouse Marie-Philippe Descamps. 

Pourtant les ouvrages de l'érudit Jules Monoyer, et notamment son recueil "Inscriptions funéraires et monumentales, Canton du Roeulx, Mons 1830", ne signalent pas cette construction; mais d'autres omissions ne permettent pas de tirer quelque conclusion sérieuse en l'occurrence. 

Quoi qu'il en soit architecture et matériaux de la chapelle ne s'apparentent nullement à l'architecture et aux matériaux de la maisonnette bizarrement édifiée en retrait, tout de suite derrière l'édifice, et à un niveau plus haut; cette maisonnette apparaît bien, elle, la contemporaine, ou à très peu près, d'autres maisons très anciennes du voisinage, où vécurent de vieilles familles telles celles des Colas Gonde, des Torien Caqueue (el Sonneu).

Il semblerait donc que la coquette chapelle actuelle, nonobstant sa pierre votive, aurait été édifiée, ou tout au moins restaurée en même temps qu'étaient construites, à l'alignement, les maisons voisines d'importances diverses et dont l'âge peut s'évaluer à quelque 60 ans? 

DEVOTION A SAINT-BLAISE. 

Dans la cave de la maisonnette attenante à la chapelle, et qui a toujours été habitée par, en quelque sorte, des desservants de la chapelle, coule une source claire - dont l'eau, certifie la tradition populaire, possède des vertus curatives à l'égard des affections pour les yeux. Bien des personnes vont encore actuellement prélever une bouteille de cette eau réputée.

A vrai dire, cette source doit s'apparenter à celle qui subsiste au coin de la place Albert 1er près de ce qui fut le "Café des Arcades" et qui justifie le nom du Café de la Fontaine sur l'autre coin, et qui justifia la rue de la Fontaine toute proche, devenue une fourche de la rue du Culot. 

Saint-Biaise? Nos vérifications livresques nous assurent que Saint Biaise, évêque arménien, vers 315, subi le martyre, qu'il aurait été écorché, dépecé à l'aide de peignes en fer! (Ce qui l'aurait fait choisir comme patron par les cardeurs de laine). 

Par contre une compétence religieuse nous a expliqué les invocations spéciales à Saint-Biaise, lesquelles visent à guérir des maux de gorge! Bizarrerie donc à la dédicace! 

La tradition populaire semble n'avoir pas gardées nettes les raisons d'érection de cette chapelle à moins que nous n'ayons pas découvert les bons informateurs? 

A l'actuel desservant, un brave Wallon souriant (venu du pays des "Sports", "Alphonse-du-Sodart", qui y habite avec sa compagne "Mollette-à-Fosse") il aurait été dit un jour: une épouse n'ayant pas réussi à garder en vie plusieurs enfants successifs fit le voeu d'ériger une chapelle à Saint Blaise si le sort se montrait plus clément envers sa descendance; son souhait ayant été exaucé, elle tint parole.  

UNE PITTORESQUE GARDIENNE. 

Nos investigations dans les années basses de ce siècle et vers les années hautes du siècle passé nous ont toutefois permis de savourer quelques tranches de vie éminemment pittoresques de cette "Capelle St-Blaise" si connue de nos vieilles et de nos vieux. 

Vers 1900, une gardienne en était "Ninique Chufflot" (d'une famille Chufflot qui ne manque pas encore de descendantes et de descendants rabelaisiens) laquelle, fille d'une très grande famille - il y eut 21 enfants chez elle,- boitait de façon marquée. 

Gardienne de Saint-Blaise, débitant littéralement son eau Salvatrice, Ninique gardait toutefois son franc parler et sa rudesse sans réplique: quand, devenue bien vieille, les rhumatismes douloureux la tordant de leur supplice, elle osait invectiver Saint-Blaise et lui demander s'il n'était pas la cause des souffrances, auquel cas, blasphémait-elle abondamment, et cruement auquel cas... 

Solide, noueuse, elle avait acquis la redoutable pratique... d'occire les chats indésirables, besogne refusée, encore de nos jours par la plupart des nos gens (Ninique y employait, paraît-il, un sac solide, et une lourde pierre)

Cette spécialité, sa claudication, son bâton, son langage sec, son habillement, puis son âge, tout cela finit par la faire considérer, par les enfants, comme une  croquemitaine! Impression que renforçait mainte maman désireuse d'insuffler quelque sainte frousse à sa progéniture turbulente à l'excès. 

REMINISCENCES. 

Pourtant, une autochtone amicale, qui fréquenta, durant sa jeunesse, tous ces endroits pétris par l'histoire et le folklore goegnérois, cette sympathique et rieuse voisine de Saint-Blaise, à la mémoire richissime, - se souvient qu'avec ses compagnes elles s'attardaient là, pour y jouer "à becs". 

" A becs "? traduisons, s'il en est besoin, aux osselets. 

Ce jeu, que maint folkloriste oublie, se pratiquait ainsi: les partenaires disposaient, outre d'une balle légère, d'osselets, petites pièces ordinairement en os, fabriquées ensuite en bois, en métal (du cuivre pour les favorisées!) de 3 centimètres de longueur environ, par 1 de largeur, hautes de 1 à 2 centimètres, et évidées au profil approximativement d'une bobine aplatie, mais oblongue au lieu de ronde. 

Pour jouer, la balle était lancée en l'air, et, pendant  sa trajectoire il fallait, prenant un osselet entre index et majeur, le retourner bien vite, puis rattraper la balle au vol. 

Le mouvement rapide, l'adresse à ne pas renverser l'osselet (c'était "manqué" et le coup passait à la partenaire), se compliquait chez les virtuoses, de "tape-front", "baise-bouche", "tape-coeur"... indiquant des gestes prestes à accomplir, osselet en main, pendant la lancée de la balle en l'air! 

Et dire, ajoute l'évocatrice, que ma mère elle aussi, joua "à becs" près de cette chapelle, en allant au lait à l'cinse de Lasalle; c'était en 1859, précise-t-elle. 

Le Bédouin. 

 

15:00 Écrit par Petit Loup dans Vie religieuse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chapelle |  Facebook |

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