16/05/2009

La chapelle Sainte-Barbe

"Calvaires et Chapelles en Hainaut" revue trimestrielle n° 4 de décembre 1950 de l'A.S.B.L. Les Amis des Calvaires et Chapelles du Hainaut.

Nous avons la bonne fortune de pouvoir donner à nos lecteurs la primeur d'un article remarquable de M.Jules Gobert, de Ville-sur-Haine, au sujet de la chapelle Sainte-Barbe, dont l'histoire se mêle à celle des premiers charbonnages d'Houdeng. 

Si l'oratoire en question ne présente pas, à proprement parler, des caractéristiques qui le classent parmi les monuments attirant les touristes en même temps que les fidèles, nous sommes néanmoins convaincus que la notice de M.Gobert intéressera au plus haut point toute la population du Hainaut, et particulièrement celle du Centre industriel. 

Aux confins sud des deux grosses communes de Houdeng-Goegnies et Houdeng-Aimeries, existe le hameau du Croquet. C'est là que s'élève la chapelle Sainte-Barbe, isolée dans les jardins, à une centaine de mètres du chemin. Un sentier entre deux haies y conduit. 

L'historien Jules Monoyer, dans son ouvrage : "Les noms des lieux du canton du Roeulx", édité en 1879, dit sans plus; "Sainte-Barbe (champ de), à Houdeng-Aimeries. On y voit une chapelle bâtie en 1718". En réalité, celle-ci se trouve non pas sur Houdeng-Aimeries, mais bien sur Houdeng-Goegnies, tout près de la limite des deux communes. Un acte d'adjudication publique, dressé le 26 janvier 1852 (enregistré au Roeulx le 3 février 1852) par le notaire Changes Adolphe Juste, situe les biens vendus par la famille André sur Houdeng-Goegnies et contient la mention: "La chapelle sainte-Barbe et le terrain sur lequel elle est assise font partie du premier lot d'adjudication". 

Les documents cadastraux la renseignent également sur Houdeng-Goegnies, déjà vers 1850. 

D'un autre ouvrage de J.Monoyer ("Houdeng, Goegnies, Strépy, depuis leur origine jusqu'à nos jours". 1875) nous extrayons les différents passages suivants: 

"1° - Sous le rapport de l'organisation ecclésiastique, Houdeng était une paroisse mère dont Goegnies relevait en simple paroisse ou secours... Le concordat de 1802 permit le rétablissement du culte catholique en Belgique. Quand l'évêché de Tournai se reconstitua l'année suivante, les villages de Houdeng et de Goegnies y furent incorporés. Ils forment depuis cette époque deux paroisses distinctes relevant du décanat du Roeulx... 

Le décret du 16 octobre 1803, portant organisation du nouveau diocèse de Tournai, reconnaît à la paroisse de Saint-Jean-Baptiste, à Houdeng-Aimeries, le titre de succursale se rattachant à la cure primaire du Roeulx et lui laisse ses anciennes limites, à l'exception "de tout le territoire de la commune de Houdeng-Goegnies qui, par le même décret, était également érigé en succursale"... 

Le décret que nous avons cité plus haut a détaché de l'ancienne paroisse-mère de Houdeng tout le territoire autrefois desservi par la chapelle de Goegnies (devenue plus tard église) et l'a érigé en paroisse distincte ...

2° - Une loi de la République française a érigé en commune les deux villages dont nous étudions le passé... La ligne de démarcation entre eux, jadis assez mal définie et fort capricieuse, a été rectifiée plusieurs fois et notamment lors de la confection du cadastre "10 septembre 1813)..." 

Tout en rappelant des points d'histoire intéressants, ces citations peuvent expliquer comment la confusion a pu se produire au sujet de l'emplacement de la chapelle. 

Apparemment, l'origine de la chapelle se rattache à l'industrie houillère naissante.

L'existence de fosses à charbon dans les villages de Houdeng et Goegnies dès l'an 1299 est prouvée (charte transcrite dans le recueil des "Manuscrits de Bonne-Espérance"). Mines rudimentaires, irrégulièrement exploitées et souvent inondées. 

Le 14 février 1685, sept associés fondaient la "Société du Grand Conduit et du Charbonnage de Houdeng", humble début de la Société du Bois-du-Luc. L'élan était donné, l'industrie houillère locale allait prendre son essor. Les terrains supérieurs furent asséchés au moyen d'une galerie souterraine, longue d'environ deux kilomètres, évacuant les eaux en un point plus bas, vers Thieu. Gros et coûteux travail pour l'époque, plein d'aléas, dont l'exécution demanda vingt-quatre années (de 1686 à 1710). Il permit l'exploitation des têtes de veines au moyen de nombreuses fosses à bras de quelques dizaines de mètres de profondeur. Plusieurs furent ouvertes sur la rive septentrionale du "Rieu Baron", maintenant détourné plus loin depuis le creusement du canal du Centre. 

Certaines de ces fosses primitives existaient donc dans le voisinage immédiat de la chapelle (200 mètres environ au Nord-Ouest) au moment de l'érection de celle-ci. 

Si l'on tient compte de la dévotion des mineurs envers leur vénérée patronne, la construction, en 1718, d'une chapelle dédiée à sainte Barbe se comprend, surtout sur du terrain qui, en 1745, appartenait encore à l'abbaye de Saint-Denis, intéressée elle-même dans l'exploitation. 

Vers 1750 et un peu plus tard, la Société de "La Barette" creusa encore plusieurs fosses sur les rives du "Rieu Baron" dans un rayon de deux cents mètres au nord-est de la chapelle. Disons en passant qu'elles occasionnèrent de longs procès entre l'abbaye de Saint-Denis, la Société du Bois-du-Luc et le prince de Croy, procès qui durèrent de 1750 à 1799 au moins, soit quarante-neuf ans. 

Plus tard encore, un autre puits de mine, déjà plus important, puisqu'il était doté d'une machine à vapeur, fut foncé à une cinquantaine de mètres au sud de la chapelle. Dans les notices historiques publiées en 1935 par la Société du Bois-du-Luc, à l'occasion du deux cent cinquantième anniversaire de sa fondation, nous relevons encore: "En 1801, la fosse Sainte-Barbe fut créée, on l'arrêta presque complètement en 1883; elle fut comblée en 1887". Le puits en question avait ainsi tiré son nom de celui de la petite chapelle voisine. 

Ce modeste oratoire est donc aussi un monument commémoratif, probablement le seul, des débuts de l'industrie houillère dans les deux Houdeng. 

La chapelle ancienne, plus petite que celle d'à présent, était en briques ordinaires et toute simple. Deux ifs l'encadraient. 

L'oratoire actuel a été reconstruit en 1899, au même emplacement exactement, par la Société Anonyme des Charbonnages du Bois-du-Luc suivant plans de feu Emile Deltenre, architecte de la société. C'est une construction en briques polies sur soubassement en pierres. Fenêtres latérales ogivales à double arcade. Les deux éclairant le choeur sont à simple arcade. Toiture en ardoises. Le choeur à trois pans, surélevé de deux marches, est séparé du restant de la chapelle par une grille ouvragée ouvrante. Les dimensions sont indiquées sur la vue en plan. 

Autrefois, il y a de cela quelques lustres, le troisième dimanche de juillet, jour de la fête annuelle de la cité charbonnière du Bois-du-Luc, une "procession Sainte-Barbe" partait de l'église Saint-Jean-Baptiste' à Houdeng-Aimeries. Arrivée au lieu dit "Jobrette", elle stationnait pendant que le clergé et le groupe portant Sainte-Barbe s'en détachaient pour se rendre à la chapelle Sainte-Barbe au Croquet. La procession continuait ensuite jusque la chapelle de l'hospice du Bois-du-Luc, dédiée aussi à sainte Barbe, d'où elle regagnait son point de départ. 

Cette procession n'avait pas, croyons-nous, une origine très lointaine. Nous supposons qu'elle pouvait remonter à l'année 1861, date à laquelle fut ouvert l'hospice en question, construit pour les vieux ouvriers de la société du Bois-du-Luc en suite d'une donation du baron Goswin Plunkett de Rathmore, membre du Comité de Régie de cette société. Mais le hameau du Bois-du-Luc ayant été érigé plus tard en paroisse distincte, une église, sous le vocable de Sainte-Barbe, y fut construite. On célébra la première messe le jour de la Sainte-Barbe en 1905. A dater d'alors, l'itinéraire de la procession a été modifié. 

C'est pourquoi, actuellement, la chapelle Sainte-Barbe du Croquet, malgré les souvenirs qu'elle évoque, n'est plus visitée que par les processions des Rogations des paroisses de Houdeng-Goegnies, Houdeng-Aimeries et Bois-du-Luc. 

J.Gobert.

15:00 Écrit par Petit Loup dans Vie religieuse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chapelle |  Facebook |

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