12/05/2009

Les paroisses anciennes de Houdeng et de Goegnies

"Le Centre" - Samedi-Dimanche 14-15 novembre 1942. 

On semble assigner à Goegnies comme village une origine antérieure à celle de Houdeng (Aimeries), écrit-on dans le livre de M.Jules Monoyer, édité en 1875. Il est à remarquer que ce dernier endroit, sous le rapport de l'organisation ecclésiastique, était paroisse-mère dont Goegnies relevait en simple dépendance ou secours. La paroisse de Houdeng faisait partie de l'ancien évêché de Cambrai, archidiaconne de Hainaut, décanat de Binche, elle figure au nombre de 557 églises et communautés du Hainaut qui protestèrent en 1186 contre les impositions vexatoires de l'autorité diocésaine. On n'a pu découvrir l'époque exacte de l'érection de Houdeng en paroisse, bien que son existence en cette qualité, avec Goegnies comme appendice, soit constatée depuis 1119. Par chartre de cette année, Burchard, évêque de Cambrai donna l'un et l'autre autel à la communauté bénédictine de Saint-Denis en Brocqueroie. Le pape Calixte II ratifia cette libéralité quelques mois après (1119). 

La possession d'un autel embrassait :

a) la collation de la cure et de la clergie avec l'entretien du prêtre desservant;
b) la perception de la dîme dans toute la circonscription paroissiale comme indemnité du service spirituel et pour subvenir aux besoins du culte. 

La coutume du Hainaut distingue deux espèces de dîmes; la grasse dîme était une part plus ou moins forte, généralement un dixième (decima pars) dans la récolte des céréales. Les mêmes dîmes consistaient en une portion quelconque dans certains produits, tels que chanvre, colza, tabac, houblons, fruits des vergers, oiseaux de basses-cours, croît des troupeaux, laines, etc. 

La dîme sur l'étendue de la paroisse avait été donnée à Saint-Denis par le chevalier Guy de Houdeng (Hosdeng) en 1215. Gérard Sacré, moine de cette maison, qui écrivit en 1654 la Pantographie seigneuriale de son monastère sur Houdeng et Goegnies, donne l'énumération des héritages sujets à dîmes et rentes, avec la qualité de ces charges. 

L'abbaye possédait à proximité de l'église de Goegnies une métairie et une grange nommées "ferme et grange de la dîme" parce qu'on y renfermait le produit de cette contribution. 

On a toujours dit à Cambrai "la cure de Houdeng avec son secours de Goegnies" chaque fois qu'il s'agit de la pourvoir d'un titulaire; mais au point de vue de la population à desservir, la dépendance était beaucoup plus considérable que l'église-mère, à tel point que le chef spirituel de la paroisse avait dû fixer sa résidence à Goegnies. Dans ces conditions la cure de Houdeng et Goegnies passait à juste titre pour une des plus lucratives du Hainaut. En effet, le desservant avait la jouissance d'un presbytère avec jardin, prés, vergers et plusieurs bonniers de terres labourables; il percevait un droit de terrage sur certains biens fonds, levait à son profit exclusif la totalité des menues dîmes et une position de la dîme des céréales; il touchait, depuis l'an 1600 ou environ les revenus de l'ancien bénéfice du Sart; enfin en 1656 il obtint encore la dotation de la chapelle de Notre-Dame, érigée depuis 1305 par messire Soyer d'Enghien en l'église d'Havre, ce qui valait deux cents livres annuellement. 

Le manuscrit de Dora Anselme Vaast nous apprend qu'en 1720 la dîme des houblons seulement rapportait six mille livres au curé, soit douze cents livres en argent, à raison de deux patars (0.18), par livre de cette précieuse récolte. 

Un seul ecclésiastique desservit pendant longtemps les deux églises à la fois; ce fut seulement en 1716 que les vicaires-généraux de Cambrai, après une visite de la paroisse, reconnurent la nécessité d'y établir un vicaire, un chapelain pour aider le recteur dans ses pénibles fonctions. Ce dernier, mécontent d'une mesure qui le privait d'une partie de ses revenus, voulut en 1720 réduire son coadjuteur, à la portion congrue, c'est-à-dire lui faire payer par le collateur de l'autel un maigre traitement de 200 a 300 livres, sans aucune indemnité sur les produits de la cure. 

Un accord intervenu le 8 juillet de la même année, mit fin au litige et fixa le traitement du vicaire à 350 livres, le curé de Houdeng et Goegnies en devait fournir deux cents, le reste demeurant à charge des abbés de Saint-Denis et de Saint-Feuillien, ce dernier intervenant à raison d'une qualité qu'il percevait sur le grosse dîme. 

Les curés sous l'ancien régime, avaient dans leurs attributions la tenue des registres de la paroisse et de son secours (baptêmes, mariages, inhumations). On a conservé les registres de Goegnies depuis 1613 et ceux de Houdeng à partir de 1665. Tous les précieux manuscrits étaient déposés aux archives communales de Houdeng-Goegnies et de Houdeng-Aimeries, en exécution de l'arrêté du 29 prairial an IV (1796). A l'aide de ces documents, on peut rétablir comme suit la série des recteurs de Houdeng et Goegnies depuis le milieu du XVIle siècle jusqu'à la Révolution française:

  • 1665-1687: Maître Philippe Manderlier, bâchelier en théologie, ex-régent du Collège du Roeulx. Il mourut à Houdeng le 9 juillet 1687 et fut inhumé dans le choeur de l'ancienne église.
  • 1687-1688: Ambroise Lobez, intérimaire.
  • 1689-1746: Nicolas Dubois, décédé à Houdeng le 12 avril 1746, après avoir régi la paroisse et son secours pendant 58 ans. Son testament établit une fondation dont jouissaient les clercs-laïcs de Houdeng et de Goegnies, à charge de donner
  • l'instruction primaire aux enfants pauvres.
  • 1746-1768: Egide-Antoine Mary, bachelier en théologie, ex-professeur à l'abbaye Sainte-Gertrude à Louvain. Il mourut à Goegnies le 28 août 1764 et fut enterré dans l'église, vis-à-vis de l'autel de la Vierge.
  • 1765-1769: Maître Robert-Joseph-Emmanuel Legast, natif de Braine-le-Comte. Il mourut à Houdeng le 23 mars 1769, et fut inhumé dans l'ancienne église.
  • 1769-1778: P.-J. Durieu.
  • 1778-1796: N.-S. Salomon, de l'ordre des Dominicains. Il vit fermer ses deux églises par la Révolution française.
  • 1798: Jean-Baptiste-Ghislain Andrieu, vicaire, sous le précédent recteur. 

Le Concordat de 1802 permit le rétablissement du culte catholique en Belgique. Quand l'évêché de Tournai se reconstitua l'année suivante, les villages de Houdeng et de Goegnies y furent incorporés. Ils forment depuis cette époque deux paroisses distinctes relevant du décanat du Roeulx.

15:45 Écrit par Petit Loup dans Vie religieuse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paroisse |  Facebook |

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