06/05/2009

La séculaire Ducasse du Trie à traver le temps

"Indépendance" - Mercredi 7 septembre 1966.

 

Les origines, les causes de cette ducasse populaire se situent tellement loin dans le temps, qu'elles ne nous apparaissent plus que comme de petits incidents dans une vie que nous avons oubliée: la vie de nos anciens habitants, de nos tayons et ratayons lointains.

 

Cependant il reste, dans le déroulement des jours de ducasse, des traditions, des coutumes qui sont venus de ce passé reculé; encore que d'autres traditions, que d'autres manifestations ont modifié, surchargé, adapté les festivités implantées sur cette antique "Place du Trie".

 

En résumé, la naissance spontanée de cette grande fête marque le passage de nos aïeux, de la vie agricole, de l'exploitation familiale (culture, élevage notamment) à la vie industrielle, au salariat quotidien.

 

DU WAYEN, OU DU KERBON ?

 

Des notes historiques rappellent les générosités des seigneurs féodaux: générosités avant de partir aux croisades, pour... acheter des puissances divines une réussite, de la gloire, des profits; ou généroristés compensatrices, presque des pénalités après un événement défavorable.

 

C'est ainsi que l'on constate que la Comtesse Richilde de Hainaut ayant eu ses troupes battues en 1072 dans la plaine de Gottignies-Ville, par son beau-frère Robert-le-Frison, croit devoir se montrer généreuse, et elle accorde à nos populations des avantages matériels divers, parmi lesquels des droits pour ses "manants" d'aller ramasser du bois dans telle forêt, de disposer gratuitement de telle "herbe fourragère", et en l'occurrence de bénéficier, sans redevance, sans "dîme" du regain de tel ou tel pré domanial.

 

Et il apparaît que ce fut le cas pour le Trieu de Goegnies; les manants furent gratifiés du bénéfice de la 2e coupe herbagère, souvent effectuée en septembre.

 

Mais vers la fin du XVIIe siècle (les charbonnages du Bois-du-Luc, alors Charbonnages de Houdeng furent mis en société dès 1865), l'extraction houillère prit une extension extrêmement importante, et les Goegnérois comme les Houdinois trouvèrent dans cette activité une source de revenus la plus régulière,  la mieux garantie; au point que les ouvriers des Houdeng conquirent une renommée flatteuse en tant que bouveleurs avisés.

 

Ces houilleurs salariés, pouvaient négliger l'élevage, aux profits problématiques; mais, forts des traditions, de leurs droits, ils entendirent encore profiter des regains gratuits que leur disputaient des manants restés éleveurs de bétail. La contestation s'envenima et force fut de recourir à la justice. Un jugement de Salomon trancha; les regains seront vendus, et le produit en reviendra à tous.

 

La vente et la répartition du produit, fixées au deuxième mardi de septembre amena tout naturellement des réjouissances publiques, qui attirèrent des amuseurs professionnels: forains, bateleurs, musiciens, "baraquis", etc. et la ducasse se confirma, se répéta.

 

Certes, une réjouissance le mardi devait mieux se placer en un dimanche et au cours des années, le lundi fut un jour de pré-fête, puis le dimanche raccroché.

 

LA MAIRIE DU TRIEU.

 

On devine que, née spontanément dans la vie du petit peuple, chaque année renourrie par la répartition bénéficiaire de la vente des regains, cette fête ne pouvait que se répéter, s'amplifier même et comme dans les familles de ces XVIle et XVIIIe siècles, le salariat commençait à se faire mieux connaître les habitants des villages voisins, les relations amicales, les mariages, etc. contribuèrent à l'extension territoriale des pratiquants d'une si populaire "ducasse".

 

D'autant plus qu'une administration en somme légale, une administration autonome, une sorte de Comité des fêtes avant la lettre organisa longtemps la vie ET LES FETES du TRIE; il exista une Mairie du Trie officielle, qui prit des initiatives; il y eut, comme certains ont connu dans nos vieilles ducasses (des croulants, voire des "croules" ) , des baraques sous toile, des théâtres de foire, et, au goût du jour, des comédiens ambulants y vinrent représenter des "mystères", des facéties, des "farces", représentations complétées tout naturellement de jeux populaires, pétris de rosserie d'humour wallon.

 

Nous avons d'ailleurs évoqué certain jour une affiche de 1871 retrouvée chiffonnée dans le creux d'un vieux mur, et annonçant des "courses à baudets", etc...

 

Cette ambiance populaire ne pouvait manquer de se communiquer aux faubourgs du TRIE, et de faire tache d'huile si l'on peut dire. En plus, l'absence d'éclairage public et le raccourcissement des jours faisaient que les illuminations, les cortèges "aux flambeaux" émerveillaient jeunes et vieux en ces temps où les transports publics n'existaient pas, et où personne ne songeait aux transports privés, et pour cause.

 

OFFICIALISATIONS.

 

Avec le temps, les organisations communales s'affirmant, ce furent des comités officiels, puis l'administration qui collaborèrent pour offrir à la population du TRIE et aux invités, des programmes de festivités évolués.

 

Cela rendu possible par l'urbanisation de l'ancien espace devenu au lieu d'un vrai "Trie" (un Trieu marécageux), au lieu de WEZ de lointaine mémoire, une vraie place publique.

 

Un souvenir typique: un octogénaire récemment disparu se souvenait encore du "dernier peuplier du Trie": il servait aux graveurs de serments amoureux, qui entaillaient l'écorce tendre, il servait aux apprentis tireurs à l'arc, jusqu'au jour où l'administration locale décida sa suppression pour des raisons de pavage ou d'alignement: il fut adjugé CINQ francs, dont ils firent bien plus en le tronçonnant à la scie à main et en le débitant comme bois à brûler...

 

DES SIGNALEMENTS CONSACRES.

 

Nous avons fait allusion à des signalements "à nuls autres pareils" qui ont contribué à la reconduction et à la popularité de la fameuse Ducasse du Trie de Goegnies.

 

Née dans un milieu agricole en transformation, il y eut ET IL RESTE cette sorte de compétition qu'est l'exposition-concours sur la placette restée "la place Verte" où les producteurs horticoles continuent à comparer leurs légumes, leurs fleurs, leurs fruits.

 

Il y eut et IL RESTE cette tradition de gourmandise qui fit que certains déformaient le nom de la ducasse en disant "ducasse à l'tarte"; et la grande spécialité des fines ménagères était ET RESTE dans mainte maison la "tarte au riz", mais un riz miraculeusement crémeux, finement parfumé à la cannelle ou aux amandes, et CUITE AU BOIS.

 

Et il y eut, mais hélas il n'y a plus le fameux "BAL RENVERSE" du mardi (encore le mardi) du mardi avant-midi au cours duquel les jouvencelles se trouvaient des audaces, prenaient des initiatives, ou bien se vengeaient en laissant "les bras ballants" tel soupirant infidèle ou dédaigné.

 

On comprend que tous ces compléments de choix augmentaient la popularité de ces festivités nées dans le peuple, aimées par lui, entretenues par lui.

 

D'AUTRES TRADITIONS.

 

Nous avons évoqué "la Mairie du Trie". Dans les autrefois, elle organisait au sens concret du mot, et notamment avant l'ouverture de la ducasse, la cérémonie dite "ermette des pids à la bancs": on rechaussait les bancs de bois remisés en plus ou moins bon état l'an d'avant, ou mal conservés.

 

Le dimanche d'après, une autre cérémonie exista ON D'ALLOU PORTER L'DUCASSE A BAUME. C'était AVANT, oui avant l'existence de La Louvière; un gai cortège allait éveiller la jeunesse de Baume, pour la lancer dans l'organisation de sa ducasse qui, encore maintenant suit la ducasse du Trie.

 

MODERNISATIONS.

 

Maintenant  les  organisateurs,  administrateurs  communaux et Comitards ont dû céder aux impératifs du modernisme, et la tradition du Trie c'est d'offrir de magnifiques concerts, de coiffer des  joutes à la balle-pelote, d'illuminer place et alentours dans une féerie à la vénitienne, d'amener dans un Goegnies en liesse des attractions rares, spectaculaires, attirantes.

 

Mais les évolutions énormes dans les divers domaines de la vie n'ont pas encore tué, ne parviendront pas à tuer la tradition de la DUCASSE DU TRIE, née elle aussi d'une évolution marquante, et qui a su s'adapter au long de siècles et de siècles.

 

E.L.D.

 

14:00 Écrit par Petit Loup dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ducasse, trieu |  Facebook |

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